Le futur du quartier Ste-Marie
Les audiences récentes tenues, à la demande de la Ville de Montréal, par l’Office de consultation publique de Montréal sur la version préliminaire du Projet particulier d’urbanisme ( PPU ) de Ste-Marie, ont donné l’occasion aux résidents et intervenants présents d’exprimer leurs préoccupations actuelles et leurs aspirations face à l’avenir de notre quartier. Nous avons alors constaté que bien des résidents et des intervenants ont à coeur le développement de notre quartier. Le président de la commission nous a informé à la fin que le rapport de la commission serait remis au comité exécutif en juillet. Par la suite il sera transmis aux élus de l’arrondissement et finalement rendu public. Une version finale du PPU serait alors soumise à la consultation publique en 2012.
Il faut répéter encore une fois que cette consultation a lieu dans un contexte de déficit démocratique vécu dans notre arrondissement suite à l’adoption par Québec, à la demande du maire de Montréal en 2008, de la Loi 22 modifiant la composition du conseil d’arrondissement de Ville-Marie. Ce déficit démocratique pourrait également s’accroître si éventuellement le nouvel avant-projet de loi permettant de créer des ” zones franches d’approbation référendaire ” était adopté à Québec. L’obligation n’existerait plus de tenir un registre et éventuellement un référendum sur les projets de développement dans le cadre de la Loi actuelle sur l’aménagement durable du territoire et l’urbanisme. Ces considérations pourraient donc avoir des répercussions majeures sur les suites du PPU Ste-Marie malgré les promesses répétées par les fonctionnaires de l’arrondissement à savoir que les résidents seraient consultés sur tous les projets à venir.
On peut également être préoccupé que des sommes aient déjà été affectées à la réalisation de projets sur des sites d’intervention mentionnés dans la version préliminaire du PPU comme les quelque 11 millions de dollars prévus pour le réaménagement de la rue Ontario et une somme équivalente pour la réalisation du Pôle Frontenac, deux des sites potentiels d’intervention identifiés dans la version préliminaire du PPU, alors que le processus de consultation n’est pas terminé. On peut aussi s’inquiéter de l’absence de consultation publique à ma connaissance jusqu’ici sur le projet immobilier accepté par l’arrondissement sur le site actuel de la compagnie Sanimax sur la rue Ontario près du viaduc, et ce malgré les réserves exprimés par le CP propriétaire de la gare de triage Hochelaga voisine des habitations projetées et qui craint un éventuel conflit de voisinage.
Un consensus sur le besoin d’améliorations
Le besoin d’améliorer notre quartier semble faire consensus. Le manque d’espaces verts, de pistes cyclables, la trame urbaine brisée par des grands terrains vagues ou de stationnement, le trop grand nombre de maisons et de logements en mauvais état, l’absence de commerces de proximité, la trop grande circulation automobile de transit et l’absence d’ouverture sur le fleuve semblent faire consensus.
Un consensus sur les orientations
Les orientations proposées par la ville dans son PPU préliminaire, à savoir l’amélioration de la qualité de vie, la densification de l’habitation et le développement économique en préservant la mixité habitation, commerce et emploi semblent également faire consensus.
Un désaccord sur le comment
Si l’on s’entend sur les orientations il n’y a certainement pas entente sur le comment faire les choses. Pour certains la gentrification du quartier serait une bonne chose. Pour d’autres une calamité. Pour certains une gentrification généralisée règlerait tous les problèmes. Pour d’autres il faut s’y opposer à tout prix. Pour un troisième groupe une certaine gentrification contrôlée pourrait contribuer à améliorer la qualité de vie dans le quartier.
Certains veulent laisser faire la loi du marché quitte à accorder certaines protections aux plus démunis comme l’intégration d’un certain nombre de logements sociaux dans les futurs projets d’habitation. Pour d’autres le seul développement acceptable sera celui qui permettrait de protéger la population sous la seuil de la pauvreté dans le quartier qui représente plus de 40% des résidents. Il n’est donc pas question de laisser jouer la loi du marché qui entraînerait l’exil d’une bonne partie de la population suite à l’augmentation de la valeur des propriétés et la hausse des loyers avec le développement à venir et la spéculation qu’elle entraînerait. Il faudrait donc que la ville prenne des mesures courageuses et énergiques en collaboration avec les autres paliers de gouvernement pour protéger les plus démunis.
Un autre point de litige qui risque d’apparaître rapidement si le passé est garant du futur et qui est aussi directement lié à la pauvreté est la présence de personnes problématiques dans le quartier et cela est souvent lié à la drogue et à la prostitution. Pour certains la répression et le départ de ces personnes sont les solutions, alors que pour d’autres la prévention et l’éducation sont les pistes à suivre, alors que finalement pour un troisième groupe il faut tout simplement accepter la présence de ces personnes dans notre quartier sans intervenir.
Les intérêts et les forces en présence
Il faudrait être naïf pour ne pas reconnaître la diversité des intérêts en jeu et le potentiel de conflit pour la suite des choses. Strictement sur le plan économique nous avons la Ville de Montréal qui a de grands projets pour Ste-Marie mais des revenus limités et qui aimerait bien augmenter substantiellement ses revenus en suscitant la venu de projets immobiliers importants qui lui rapporteraient des revenus substantiels. Nous savons également de par l’expérience montréalaise récente que des partis politiques municipaux sont notamment financés par promoteurs, entrepreneurs et firmes d’architectes avides de juteux contrats, liés ou non au crime organisé.
Nous avons d’un côté des promoteurs privés honnêtes ou véreux bourrés d’argent qui voient avec le PPU une merveilleuse opportunité d’affaires et de profits mirobolants en participant au développement du quartier Ste-Marie. Nous avons d’un autre côté une population majoritairement modeste qui veut demeurer dans son quartier et l’améliorer mais pas à n’importe que prix. Il y a également des promoteurs sociaux qui voient dans le développement de Ste-Marie l’opportunité de construire des logements sociaux et d’améliorer ainsi les conditions de vie des plus démunis. Et au milieu les élus de l’arrondissement, entre l’arbre et l’écorce, si l’on croit à leur intégrité.
Si l’on quitte le terrain économique pour le terrain de la collectivité et du pouvoir local on intègre dans la joute à venir une multitude de groupes institutionnels et à but non lucratif qui jouent quotidiennement un rôle essentiel dans la communauté mais qui sont pour la plupart des sous-contractants de l’état ou de la ville et qui ont une marge de manoeuvre limitée.
Et il y a surtout 21 000 résidents de différentes classes sociales, de différentes sous-cultures ou différents horizons peu nombreux à assister et peu à s’exprimer lors des audiences sur le PPU mais sont les premiers concernés et qui se doivent de s’impliquer dans ce débat qui concerne leur présent et leur avenir.
On peut également intégrer dans la discussion la taille du développement à favoriser et donc des transformations à venir dans le quartier. Alors que la ville parle dans son PPU préliminaire de 2,000 nouveaux logements, le Comité logement Ville-Marie parle d’une possibilité de 6,500 logements. Il ne s’agit pas du même ordre de grandeur. Dans un cas il s’agirait d’accroître la population actuelle de 21,000 personnes de 15% environ, alors que dans la seconde hypothèse on parle d’un augmentation éventuelle de 50%.
Bref, chacun(e) et chaque groupe envisage donc l’avenir du quartier à partir de sa paire de lunettes et de ses intérêts. Pour certains il y a avant tout de l’argent à faire. Pour d’autres il y a une population démunie à préserver avant tout. Chacun analyse la situation, s’exprime et se mobilise à partir de son expérience personnelle, de ses valeurs, de son groupe d’appartenance et finalement de son idéologie.
Je pense qu’il y a de la place pour tout le monde dans le débat malgré la disproportion au niveau des moyens. Chacun se donnera les outils qu’il considère légitime pour se faire entendre. Des conflits majeurs sont à prévoir à mesure que les projets concrets seront déposés sur la table. Des visions opposées vont s’affronter. Des compromis seront parfois possibles, parfois impossibles. Il va falloir que chacun mette de l’eau dans son vin pour que notre quartier progresse. Il va falloir sortir de nos ornières et des sentiers battus. Il va nous falloir être créatifs et imaginatifs. Il va falloir se faire confiance et innover. Il va falloir être capables de s’engueuler une journée et s’entendre pour mieux s’entendre le lendemain
Les élus ont un rôle majeur à jouer. Il se doivent de favoriser avec courage, honnêteté et intégrité le débat démocratique et dénoncer tout dérapage dans le processus de consultation. Ils devront être à l’écoute de tout le monde avant de prendre sagement leurs décisions.
Le bien commun doit marquer le pas sur l’ego individuel et les intérêts à courte vue. Nous devrons aussi faire preuve de maturité. Nous ne pouvons nous permettre de manquer le bateau car Ste-Marie a besoin de nous tous citoyens, élus, promoteurs sociaux ou privés, groupes communautaires et institutionnels pour avancer vers son avenir.
| Imprimer l'article | Cette entrée a été posté par Yves Chartrand le 01/07/2011 à 7:46 AM, et placée dans Vie de quartier. Vous pouvez suivre les réponses à cette entrée via RSS 2.0. Vous pouvez laisser une réponse, ou bien un trackback depuis votre site. |





